L’outil d’une nouvelle révolution industrielle ?


De nombreux auteurs parlent de l’impression 3D comme de la nouvelle révolution industrielle. Pour le magazine économique américain Forbes (source) , l’impression 3D représentera la fin de la production de masse dans les pays à bas cout de main d’œuvre et le renouveau de l’industrie manufacturière américaine. Alors, quel sera l’impact de cette technologie disruptive sur le paysage économique mondial ?

L’objet de ce chapitre sera d’identifier les principaux usages actuels et à long terme de la technologie et comprendre comment le paysage économique et industriel mondial pourra être affecté par la réorganisation des moyens de production à travers le monde.

Les usages actuels

Depuis leur création dans les années 80, les imprimantes 3D sont principalement utilisées dans le monde industriel. L’impression 3D s’est naturellement imposée comme la machine idéale pour le prototypage rapide, méthode consistant à construire un premier exemplaire d’un produit à des fins d’expérimentation. Mais nous allons également voir qu’elle devient aujourd’hui de plus en plus courante pour la fabrication de produits finis.

Le prototypage rapide

Les prototypes sont des premiers exemplaires construits de produits. Ils servent à valider les différentes fonctions que doit remplir le produit fini : fonctions de signe, d’usage, d’échange et de productibilité (source) . De par leur fonction, ils sont donc amenés à être fabriqués en très petite quantité et à changer fréquemment de caractéristiques. La production de masse n’est donc pas adaptée à la fabrication de prototypes aucune économie d’échelle n’étant réalisable. Construire une ligne d’outillage et d’assemblage pour produire un produit en si faible quantité n’est pas pensable d’un point de vue financier ! Le problème ne se pose pas avec l’impression 3D qui propose de nombreux avantages.

Tout d’abord, elle facilite la création rapide des «modèles conceptuels» (du croquis au fichier 3D) et améliore ainsi le flux de communication entre les designers/concepteurs et les clients. De plus, en offrant une représentation physique de l’objet à produire, elle favorise l’identification de défauts de conception et accélère le processus de fabrication en supprimant la phase d’outillage et d’assemblage de certains objets. On comprend mieux pourquoi l’impression 3D a historiquement été considérée comme un outil de prototypage rapide et a réussi à convaincre de nombreux industriels ces dernières années. Il représente encore 70% du marché de l’industrie 3D, selon William Koff, consultant chez CSC et auteur d’un rapport sur « l’impression 3D et le futur industriel »(source).

Imprimante 3D iphone source: Creative Tools via Flickr

A ce jour, de nombreuses entreprises ont intégré l’impression 3D dans leur processus de conception de produits. Les fabricants de chaussures de sport, comme Nike, Puma, New Balance ou encore Reebok utilisent l’impression 3D pour accélérer et rentabiliser le processus de conception de leurs derniers modèles . Les constructeurs automobiles, notamment Ford et Renault, font largement appel à la modélisation et l’impression 3D pour concevoir des prototypes de pièces. Des ingénieurs de la NASA ont également réalisé des prototypes d’impression 3D pour tester certaines pièces avant production .

Outillage et fabrication de produits finis

Outils de plus en plus indispensables pour le prototypage rapide, les imprimantes 3D servent désormais à fabriquer des produits finis et non plus seulement des prototypes. Terry Wohlers, analyste spécialisé dans la fabrication additive, estime qu’aujourd’hui plus de 28 % des imprimantes 3D déployées dans le monde servent aux industriels pour fabriquer des produits finis.

Les imprimantes 3D sont impliquées directement dans le processus de fabrication d’objets finis de deux façons.

L’outillage

La technologie est actuellement utilisée en pré-production industrielle, c’est-à-dire avant la phase de production, notamment dans la phase de conception et de développement d’outils de qualité supérieure qui permettront d’accroître l’efficacité globale du processus de production industriel.

L’impression 3D permet de raccourcir les temps de réglages, d’éliminer les erreurs d’outillage et d’accélérer le processus de fabrication de moules qui serviront à produire l’objet. Par exemple, les moules imprimés en 3D permettent un refroidissement plus rapide de la matière injectée , réduisant donc considérablement le temps du cycle de production et participant à l’amélioration du produit final .

On peut citer l’exemple de Prodrive, société anglaise, spécialisée dans le sport automobile. L’entreprise utilise désormais l’impression 3D pour améliorer son outillage. « Avant, cela nous aurait coûté environ £ 10,000, nous pouvons maintenant imprimer ces outils pour environ 10 £ » admet Paul Doe, designer chez Prodrive .

Imprimante 3D outil source: Creative Tools via Flickr

Fabrication de produits finis

L’impression 3D est de plus en plus utilisée pour fabriquer des produits finis sur mesure. En effet, cette technique s’avère plus rentable et plus simple pour fabriquer un faible volume de produits : elle n’utilise aucun outillage supplémentaire, n’a pas besoin d’usine pour fonctionner et permet une gestion des stocks en flux tendu , limitant le nombre d’invendus. Ces économies de fabrication allègent ainsi le coût de fabrication finale des pièces. Autrement dit, l’impression 3D élimine la problématique des économies d’échelle et rend rentable la production de faible volume.

Les secteurs ayant à ce jour adopté l’impression 3D pour fabriquer leurs produits finis sont hautement technologiques. Pour n’en citer que quelques-uns : l’aéronautique, l’aérospatiale, la santé et l’automobile. Si vous prenez un avion Boeing, vous devez savoir que ceux-ci sont déjà équipés de plus de 300 pièces imprimées en 3D (les conduits d’air par exemple). La société Bowers & Wilkins, spécialiste de l’enceinte acoustique et des casques audio haut de gamme, et à qui l’on doit notamment le système d’enceinte Nautilus reconnu comme l’un des meilleurs au monde, a décidé en 2013 d’utiliser l’impression 3D pour fabriquer des pièces détachées pour ses enceintes

Dans le domaine médical, cette nouvelle technique permet la fabrication sur mesure de couronnes dentaires et prothèses auditives. L’impression 3D a donc un double avantage : elle permet aux fabricants d’économiser de l’argent, qu’ils peuvent investir dans la recherche, et elle offre au client un confort encore jamais atteint, en leur proposant des prothèses parfaitement adaptées à leur morphologie. L’expert britannique Phil Reeves estime qu’il existe environ 10 millions d’appareils auditifs et plus de 500 000 implants dentaires imprimés en 3D en circulation dans le monde entier (source).

En 2013, le prototypage rapide et la fabrication de produits finis sur-mesure pour des industries de pointe occupent plus de 90% des imprimantes 3D déployées à travers le monde. Ainsi, si l’on constate que l’impression 3D se cantonne aujourd’hui au monde industriel, les chiffres penchent plutôt pour une démocratisation rapide. En effet, les ventes d’imprimantes 3D dites grand public ont augmenté de plus de 300% entre 2007 et 2011 avec des prix passant de 2000€ à moins de 300€. Plus abordables, elles deviennent également plus simples d’utilisation : la technologie commence à se démocratiser auprès des designers, ingénieurs et architectes, qui l’utilisent régulièrement pour concevoir et créer des produits . Il ne serait pas étonnant de voir de plus en plus de grandes entreprises et PME adopter la technologie dans les années à venir notamment pour fabriquer des produits finis.

Imprimante 3D outil source: Creative Tools via Flickr

Le bouleversement de la chaine de production

Avec l’amélioration de la qualité de l’impression 3D et le plus grand choix de matériaux disponibles, l’impression 3D pourrait bouleverser la façon dont certains acteurs de l’industrie fabriquent leurs produits. Des produits comme les jouets, les accessoires, les bijoux ou les chaussures seront sans doute les premiers à connaître une métamorphose de leurs procédés de fabrication. En effet, ces produits sont relativement faciles à faire en utilisant la technologie d’impression 3D et pourraient avoir une valeur de personnalisation élevée pour les consommateurs.

Selon le cabinet de conseil McKinsey, « il est possible que la plupart des consommateurs de ces produits pourraient avoir accès à l’impression 3D en 2025, que ce soit par la possession d’une imprimante 3D dans leur foyer, par l’utilisation des services d’un prestataire local d’impression 3D, ou par l’achat des produits 3D-imprimés en ligne. ». Mais ne nous méprenons pas : l’impression 3D continuera à être utilisée dans les années à venir pour réaliser des produits uniques ou en petites quantités, mais n’est pas sur le point de remplacer la production de masse dans les pays à bas coûts de main d’œuvre. Les jouets de nos supermarchés actuels, pour la plupart fabriqués en Chine, ont peu de chance d’être remplacés par des jouets imprimés en 3D.

Pour les grands fabricants de jouets, comme Mattel, l’intérêt de l’impression 3D, en plus de pouvoir réaliser des prototypes rapidement, est de venir s’additionner aux méthodes de fabrication traditionnelle pour améliorer les produits. . Les deux techniques de fabrication peuvent être complémentaires. Concrètement, on pourrait imaginer qu’une partie « générale » d’une poupée Barbie soit fabriquée en Chine à l’aide des méthodes traditionnelles, en bénéficiant d’économie d’échelle, et qu’une partie « personnalisée », unique à l’objet, comme la tête de la poupée, soit imprimée en 3D. Ce rapprochement entre les techniques traditionnelles et l’impression 3D présente un double avantage pour le fabricant : une optimisation des coûts de fabrication via la méthode traditionnelle et parallèlement, une augmentation de la valeur ajoutée du produit, qui devient « unique », grâce à la pièce imprimée en 3D. A l’avenir, les grands fabricants ont donc tout intérêt à intégrer l’impression 3D au sein de leur chaîne logistique de fabrication de produits.

Imprimante 3D figurine source: Creative Tools via Flickr

L’adoption de l’impression 3D par les grandes entreprises impactera l’organisation de la chaine logistique, de la distribution, au stockage et à la vente au détail. C’est l’ensemble des acteurs de cette chaine logistique qui devra alors s’adapter.

La distribution et les transports

Pour John Manners-Bell, PDG de Transport Intelligence, l’adoption progressive de l’impression 3D par les grandes entreprises dans leur processus de fabrication peut provoquer le retour de certaines usines à l’ « Ouest», c’est-à-dire en Europe et aux Etats-Unis. « Potentiellement, la fabrication d’une partie des biens, aujourd’hui fabriqués en Chine ou dans d’autres marchés de l’Asie, pourrait être relocalisée en Amérique du Nord et en Europe. Cela permettrait de réduire les frais de transports maritimes et/ou les volumes de fret aérien», explique John Manners-Bell.

Aujourd’hui, avant d’atterrir sur les étales de votre supermarché, un produit réalise plusieurs dizaines de milliers de kilomètres. Les pièces sont fabriquées en Chine, assemblées au Cambodge, puis le produit fini est stocké en France, et distribué dans toute l’Europe. Il finit par se retrouver dans les mains du consommateur après avoir fait le tour du monde.

L’avantage considérable de l’impression 3D est de regrouper les différentes étapes de la chaine logistique. Les phases de fabrication et d’assemblage sont réalisées par à une imprimante 3D, située proche du consommateur (chez lui ou dans sa ville). La phase de distribution du produit connaît également de profondes mutations. La production se fait à la demande du client ce qui limite le stockage d’invendus. Le produit est stocké sous forme digitale et non plus sous forme physique dans des entrepôts puis envoyé depuis des services d’impression 3D locaux ou imprimé en 3D grâce à l’imprimante personnelle du consommateur.

Imprimante 3D logistique source: Jones Long La salle

La vente au détail

A l’autre bout de la chaine logistique, la vente au détail pourrait également avoir un tout autre visage avec l’émergence de l’impression 3D. En effet, la technologie aura un impact important sur les relations entre fabricants, grossistes et détaillants.

Aujourd’hui, les grossistes jouent un rôle d’intermédiaire entre les fabricants et les revendeurs au détail. Ils s’assurent de la bonne distribution des biens et soulagent les détaillants des coûts de stockage de produits en grande quantité. Or, avec l’impression 3D, la fabrication se fait à la demande : plus besoin de fabriquer des milliers de produits et de les stocker en attendant de les distribuer.

Ainsi, à l’avenir, imagine John Manners-Bell, les grossistes disparaitront et laisseront la place à une relation fabricant – détaillant. L’expérience de vente au détail en magasin pourrait alors être très différente. Dans les secteurs cités ci-dessus – jouets, bijouterie, accessoires -, les détaillants cesseront d’exister ou deviendront des «vitrines» pour les fabricants avec un stock quasi nul ou limité. La majorité des commandes serait effectuée directement auprès du fabricant et livrée au domicile du consommateur. On passerait alors d’une chaîne fabricant-grossiste-détaillant-consommateur à une chaîne fabricant-consommateur.

En plus d’être utilisée, à l’avenir, par les grandes marques et grands fabricants, comme Nike ou Mattel, la technologie de l’impression 3D va être de plus en plus exploitée par des acteurs jusqu’alors incapables financièrement de supporter les coûts de fabrication d’objets. En effet, avec la baisse des prix des imprimantes 3D et l’accessibilité croissante des logiciels de fabrication de fichier 3D, les petites et moyennes entreprises, les écoles et même les hôpitaux vont pouvoir s’approprier l’impression 3D. Très bientôt, ce seront les particuliers qui pourraient s’emparer de la technologie et probablement jouer un rôle décisif dans l’adoption massive de l’imprimante 3D à travers le globe.

L’impression 3D accessible aux particuliers

Le tournant des années 2000

La fin des années 2000 a constitué un tournant dans l’adoption massive de l’impression 3D par les particuliers. Dans un premier temps, par l’éclosion de nombreux services d’impression 3D en ligne qui rapprochent un peu plus le particulier de la création d’objets en 3D : Shapeways et Ponoko en 2007, aux Etats-Unis, Sculpteo en 2009 en France, etc…

Que proposent ces services? Disposant d’un parc d’imprimantes 3D professionnelles, vous pouvez y faire imprimer votre fichier 3D, ou choisir parmi l’un des nombreux modèles mis à disposition, le personnaliser, pour ensuite les faire livrer à l’adresse de votre choix. Ces entreprises proposent une gamme complète de matériaux - Sculpteo notamment en propose plus de 60, dont le métal, l’acier et l’or . Elles permettent aussi à quiconque d’ouvrir une boutique en ligne. Le principe est simple : vous ajoutez votre fichier 3D sur votre boutique en ligne. Vous pouvez dès lors vendre vos créations aux internautes, sans avoir besoin d’usine de fabrication. Le service d’impression 3D se charge de tout pour vous : impression, contrôle qualité et livraison au client.

Ces services d’impression 3D fleurissent rapidement (on en dénombre environ une trentaine rien qu’en France) et on leur prédit un avenir radieux. Les chiffres de l’entreprise Shapeways sont déjà impressionnants : plus d’un million d’objets imprimés en 3D en 2012, 10 000 fichiers 3D ajoutés sur leurs magasins en ligne chaque semaine et une communauté de plus de 230 000 personnes réparties dans 130 pays différents.

Le deuxième tournant majeur des années 2000 est l’éclosion de fabricants d’imprimantes 3D personnelles. Principalement issus du mouvement open-source, ces fabricants sont aujourd’hui très nombreux : Makerbot, Cube, Ultimaker, Printrbot, Bucanneer, etc…et proposent une gamme d’imprimantes très variée à des prix allant de 300€ à plus de 2000€. Tout comme les services d’impression 3D, ces fabricants contribuent fortement à rendre l’impression 3D accessible à tous. On estime, en 2011, que plus de 23 000 imprimantes 3D personnelles ont été vendues. Dans l’absolu, ce chiffre reste très faible si on le compare aux ventes d’imprimantes classiques (146 millions d’unités vendues en 2011 ). Ce qui est à noter est la progression des ventes d’imprimantes 3D personnelles depuis 2007 : elles ont augmenté de plus de 300% entre 2007 et 2011 et des géants historiques de l’impression 3D, comme la société Stratasys, commencent à s’intéresser sérieusement à ces fabricants. Elle a notamment racheté le fabricant Makerbot en juillet 2013 pour plus de 400 millions de dollars avec pour ambition d’en faire le leader de l’imprimante 3D personnelle. On compare déjà Makerbot à Apple, qui, dans les années 1980, avait démocratisé l’ordinateur personnel avec l’Apple 1, le premier ordinateur de bureau accessible à tous (source) .

Vers la personnalisation de masse ?

Une définition s’impose : la personnalisation de masse est le processus par lequel une marque donne la possibilité à ses clients de personnaliser un produit ou un service afin que celui-ci devienne le plus unique possible . Par exemple, la société Coca-Cola a récemment invité ses fans à participer à un jeu concours qui permet, via une application, de créer son avatar digital. Les gagnants, après s’être fait scanner en 3D à l’usine de Coca-Cola, sont repartis avec une figurine à leur effigie, accompagnée d’une bouteille de Coca-Cola. En rendant facile d’accès et abordable la création d’objets, les fabricants d’imprimantes 3D personnelles et services d’impression 3D en ligne sont les catalyseurs de ce mouvement.

En effet, pour Chris Anderson, auteur de l’ouvrage Makers, ces acteurs contribuent grandement à rendre l’industrie de la fabrication à l’image d’Internet. Aujourd’hui ouvert à tous, le Web a vu éclore des géants économiques comme Google ou Facebook, qui sont, à l’origine, des start-up créées par des étudiants. Il prédit que, bientôt, l’on pourra créer un objet en un clic aussi facilement que l’on crée des sites internet aujourd’hui. Vous créez votre objet sous la forme d’un fichier 3D, l’envoyez à un service d’impression en ligne qui vous le livre chez vous ou l’imprimez avec votre imprimante 3D « maison ».

Ces services représentent donc une opportunité pour de jeunes entrepreneurs, designers, de créer des objets et les confronter à leurs potentiels clients sans aucune prise de risque financière. Toujours pour Chris Anderson, ancien rédacteur en chef du magazine technologique Wired, ces petites entreprises ont un grand rôle à jouer dans l’adoption de la technologie par les particuliers : en mettant leur énergie et leur créativité au service de l’innovation et de la création d’objets, elles peuvent réinventer la fabrication d’objets et proposer aux consommateurs des objets inédits aux formes atypiques. Ainsi, aussi facilement que l’on a pu voir apparaitre des petits acteurs comme Google, Amazon ou Facebook dans les années 2000, les partisans de l’impression 3D prédisent l’apparition d’un écosystème d’entrepreneurs, hier incapables d’accéder aux moyens de production traditionnelle, aujourd’hui libre de fabriquer n’importe quel objet. Cet écosystème de jeunes entrepreneurs, fortement inspiré du mouvement des Makers , pourrait être à l’origine d’une nouvelle forme d’économie de la fabrication. Comme l’internet, sans barrières à l’entrée, doté d’une culture entrepreneuriale, et géographiquement distribué équitablement, ce mouvement sera le fait de petits acteurs, comme vous et moi.

Alors, que vont fabriquer ces entrepreneurs ? S’il est aujourd’hui difficile de prévoir quel sera le rôle précis de cette communauté d’entrepreneurs, il est certain que celle-ci n’est pas prête de mettre en difficulté les grands acteurs de la fabrication de masse, dont le modèle d’affaires repose essentiellement sur les économies d’échelle. Au contraire, ces entrepreneurs de l’impression 3D vont tirer parti des principaux avantages qu’offre l’impression 3D pour se positionner sur des marchés de niche ou pour fabriquer des produits personnalisés en série limitée.

Pour Hod Lipson, ce mouvement va générer l’apparition de centaines de marchés de niches organisés autour de produits à haute valeur ajoutée. Les prémices de ce mouvement en marche sont déjà visibles sur le site Shapeways. La page d’accueil du site met en avant les nombreuses créations des divers designers et entrepreneurs, qui les vendent aujourd’hui via ce service d’impression 3D en ligne. Luminaires, bijoux, accessoires, sacs, jeux d’échecs : chacun peut y trouver son bonheur et acheter un produit, s’il n’est pas unique, édité en très faible quantité.

L’apparition de nombreux marchés de niches centrés autour de produits fabriqués à la demande est un premier pas vers la personnalisation de masse. En effet, il est probable qu’à l’avenir, vous n’aurez plus la même tasse à café que votre voisin : vous en aurez trouvé une sur Shapeways tandis que votre voisin aura acheté un modèle différent sur Sculpteo et ainsi de suite. Pour ces produits, la standardisation imposée par la fabrication de masse et les économies d’échelle ne seront plus de rigueur.

Enfin, les services d’impression 3D proposent parfois aux internautes de personnaliser un produit déjà désigné par un professionnel. On parle alors de co-création : le designer crée la base du produit (coque de smartphone, tasse, etc…) et le consommateur ajoute la touche finale en ajoutant son nom, le logo de son entreprise ou même en déformant l’objet à sa guise. Avec son service 3DPCase, lancé en Septembre 2012, Sculpteo vous permet, à partir de son site ou via une application iPhone, de personnaliser une coque de téléphone (choix du matériau, ajout de texte, déformation) et de la recevoir chez vous quelques jours plus tard. Ce genre d’initiatives, qui se multiplient, notamment avec des acteurs comme Vousen3D ou Makie.me, est un pas de plus vers l’avènement de la personnalisation de masse qui permettra à chacun de posséder des objets différents.

Toutefois, ce phénomène n’est pour le moment que susceptible de bouleverser les secteurs cités plus haut : la bijouterie, la mode en général, les jouets ou le design d’objets de décoration. L’impression 3D ne présente pas ou peu d’avantage pour la fabrication de produit de consommation courante comme votre brosse à dent. Celle-ci va rester pendant de longues années fabriquée dans les pays comme la Chine. Néanmoins, avec la démocratisation des imprimantes 3D personnelles, le particulier est aujourd’hui capable d’imprimer quantité d’objets du quotidien comme des adaptateurs électriques, des boitiers, des pommeaux de douche, etc…Alors, verra-t-on un jour une usine dans chaque maison ?

L’impression 3D grand public

L’impression 3D grand public en est encore à ses balbutiements. Pourtant, les imprimantes 3D pour les particuliers deviennent de plus en plus accessibles. Il y a quelques années, avoir une telle machine chez soi pouvait couter plus de 20 000€. Aujourd’hui, vous pouvez vous procurer une imprimante 3D Printrbot pour environ 300€ . Hier encore, très difficiles à calibrer et à manipuler, certaines imprimantes sont, aujourd’hui, presque aussi faciles d’accès qu’une imprimante classique. La Cube de 3D Systems est l’exemple parfait de cette avancée : au design épuré, cette imprimante permet de lancer la fabrication d’un objet en un temps raisonnable. Et cela, chez vous.

La première catégorie d’objets imprimables chez soi est celle des objets du quotidien : pommeaux de douche, cintres de vêtements, couverts en plastique pour vos pique-niques, décapsuleurs, manchons pour gobelet de café ou thé, etc… . Vous trouverez sur le site Thingiverse.com les fichiers 3D de ces modèles en téléchargement gratuit. Il vous suffit de les télécharger, de les envoyer à votre imprimante qui se chargera du reste. Si tout ceci peut se révéler de l’ordre du gadget, une étude du Michigan Technological University montre que l’achat d’une imprimante 3D pour imprimer de tels objets s’avère rentable pour le consommateur. Après avoir imprimée vingt objets de ce type et comparée leur coût de revient au prix d’objets similaires sur internet, la Michigan Technological University assure que cela permet d’assurer un « remboursement de l’imprimante 3D entre 4 mois et 2 ans, tout en assurant un retour sur investissement allant de 40% à 200% » . « Cela m’épate que l’on puisse imprimer ses propres anneaux pour rideau de douche et battre le prix de vente », a déclaré à ComputerWorld Joshua Pearce, professeur en sciences et ingénierie au MTU, « le vrai pouvoir des imprimantes 3D est d’obtenir ses propres produits personnalisés pour des prix inférieurs à ce que l’on pourrait trouver fabriqué en Chine. » (source) . Si l’étude ne prend pas en compte le temps de calibrage de l’imprimante 3D ou l’ajustement des fichiers 3D, il ne fait pas de doute que l’impression 3D à la maison se pose comme une alternative à la fabrication d’accessoires et de certains objets du quotidien.

impression 3D grand public source: Creative Tools via Flickr

La seconde application de l’impression 3D grand public est la possibilité de fabriquer des pièces de rechange pour nos objets cassés. De nombreux objets de notre quotidien contiennent des pièces en plastique qui peuvent se casser. La plupart du temps ces pièces sont introuvables dans le commerce car le fabriquant a tout intérêt à ce que l’on remplace l’objet plutôt que de le réparer. Ainsi, en redonnant une seconde vie à certains objets de notre quotidien, l’impression 3D permet aux particuliers de réaliser des économies conséquentes. Le Web regorge d’exemples de particuliers qui ont réparé de tels objets ; un exemple marquant est celui de Gilbert qui ne pouvait plus fermer sa baie vitrée à cause d’une pièce cassée qui n’était plus fabriquée. En remplaçant la pièce défectueuse par une pièce imprimée en 3D, ce particulier n’a pas eu à changer la baie vitrée entièrement ! Il a seulement du modéliser la pièce défectueuse et l’imprimer en 3D à l’aide de son imprimante 3D .

Outil impression 3D source: Creative Tools via Flickr

Si on annonce déjà la fin de l’obsolescence programmée grâce aux imprimantes 3D, il reste du chemin à parcourir avant que tout un chacun soit capable d’imprimer ces propres pièces de rechange. En effet, les logiciels de modélisation sont loin d’être accessibles à tous et les scanners 3D ne sont pas encore suffisamment au point pour permettre une utilisation aussi intuitive que les scanners 2D.

Conclusion

L’impression 3D a donc le potentiel de bouleverser notre économie. Si elle révolutionne déjà la façon dont nous fabriquons les objets, elle est, pour le moment, majoritairement adoptée au sein d’industries comme l’aérospatiale, la médecine ou l’automobile. Le prototypage rapide et, de plus en plus, la fabrication de produits finis sont les principales applications des imprimantes 3D à ce jour. Mais de nouveaux usages émergent notamment avec l’apparition d’acteurs comme les services d’impression en ligne et la prolifération des imprimantes 3D personnelles. A mesure qu’elle sera adoptée par des acteurs de l’industrie et de plus petits acteurs (entrepreneurs, particuliers), les partisans de l’impression 3D prédisent de grands bouleversements du paysage industriel mondial : retour des usines dans nos pays de l’ouest, réorganisation du transport maritime et fret mondial, développement d’un écosystème de marchés de niches organisés autour de produit « premium » et impression 3D à domicile avec possibilité d’imprimer nos objets du quotidien voire même plus.

Toutefois, même s’il l’impression 3D est vraiment une technologie révolutionnaire et présente de nombreux avantages dans la fabrication des objets, il est extrêmement difficile de prédire l’avenir. Si les auteurs comme Chris Anderson ou Hod Lipson, respectivement auteurs de Makers et Fabricated, The New World of 3D Printing, anticipent les changements de mode de consommation engendrées par l’impression 3D, leurs analyses manquent de données chiffrées. De plus, à l’opposé de ces auteurs, de nombreux auteurs critiquent le battage médiatique (« hype » en anglais) autour de l’impression 3D. Pour ces derniers, la complexité de la technologie fait que les médias et, par suite, le public en général se méprennent sur le vrai potentiel de l’imprimante 3D affirmant à tout va que celle-ci va mettre fin à la fabrication de masse ; et que, bientôt, chaque particulier aura une imprimante 3D chez soi. Le chapitre suivant sera donc l’occasion, chiffres à l’appui, d’appréhender les perspectives économiques de l’impression 3D et de soulever les enjeux qui peuvent constituer des freins à l’adoption massive de la technologie.